« Un Constat, Une Proposition ! » - PoliActu du PoliMedi@
🔎 Focus : la Nouvelle-Calédonie en cessation de paiement - 13 milliards
de francs CFP à trouver avant la fin août.
« On est en cessation de paiement. Il nous faut près de 13 milliards de francs qu'on n'a pas », a déclaré mercredi 5 août Milakulo Tukumuli, président du 19e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, devenu pleinement opérationnel après l'attribution à l'unanimité des portefeuilles à ses onze membres. Sans financement d'ici à la fin du mois d'août, il redoute un « shutdown complet » : la paralysie du fonctionnement et des paiements de la collectivité. L'État, devenu le seul financeur - les banques et les marchés ne prêtent plus à la Nouvelle-Calédonie -, a budgété 51,5 milliards de francs CFP pour 2026 dans le cadre du pacte de refondation, mais seulement 16,8 milliards ont été décaissés, et les versements restent conditionnés à des « réformes crédibles » définies à Paris.
La Nouvelle-Calédonie possède l'un des plus grands gisements de nickel au monde, et pourtant sa collectivité ne peut plus payer ses factures. « On est en cessation de paiement » : les banques commerciales et les marchés financiers ne prêtent plus au territoire, et l'État français est devenu « le seul financeur », qui conditionne chaque versement à des « réformes crédibles » dont il définit lui-même le contenu. Le 19e gouvernement, élu le 31 juillet, doit trouver 13 milliards de francs CFP avant la fin du mois, faute de quoi la collectivité se paralyserait - un « shutdown complet » qui menacerait le paiement des salaires et des fournisseurs. La situation ne date pas d'hier : les émeutes de mai 2024 ont fait 14 morts et plus de 238 milliards de francs CFP de dégâts, la fermeture de l'usine de nickel de Koniambo a supprimé plus d'un millier d'emplois, et un modèle économique extraverti - exporter le minerai brut, dépendre des subventions - n'a jamais permis l'autonomie promise. Quand un peuple ne maîtrise ni la transformation de ses ressources, ni sa monnaie, ni ses finances, il ne décide plus de son destin : il attend.
Proposition : traiter la cause racine, c'est rendre à la Nouvelle-Calédonie la maîtrise de son économie et de ses finances, dans un partenariat d'égal à égal avec l'État - pas une tutelle. Trois piliers. D'abord, la souveraineté sur le nickel : créer un fonds souverain calédonien alimenté par les redevances minières, exiger la transformation locale du minerai et faire des provinces les actionnaires prioritaires de la filière - les richesses du sous-sol appartiennent au peuple qui vit au-dessus, pas aux seuls actionnaires étrangers. Ensuite, un pacte financier équitable avec l'État : remplacer les versements au cas par cas, conditionnés à des réformes définies à Paris, par un contrat pluriannuel négocié avec les institutions calédoniennes - avances remboursables sans intérêt, calendrier transparent, et réformes définies avec le peuple, pas contre lui. Enfin, la démocratie sur l'argent public : budget de la collectivité soumis à l'avis citoyen, comptes ouverts et audités, priorité aux investissements productifs locaux - agriculture, énergie, nickel transformé, tourisme. La Nouvelle-Calédonie a déjà montré la voie avec son assemblée citoyenne : quand les citoyens tiennent les comptes, la confiance revient - et la confiance, c'est ce qui fait prêter les banques.
Pendant que les banques tournent le dos à la Nouvelle-Calédonie, le Congrès a fait le pari inverse : faire confiance aux citoyens. Expérimentée au début de l'année 2026, une assemblée citoyenne de 24 Calédoniens tirés au sort - représentatifs de la diversité du pays - a travaillé pendant quatre journées sur la « transparence de la décision publique et le renforcement de la confiance envers les institutions », une thématique choisie par la population elle-même lors d'une consultation publique. Le 25 avril 2026, les citoyens ont remis leur avis à la présidente du Congrès, présenté le 29 avril à l'ensemble des conseillers puis publié. Le 3 juin 2026, le dispositif a été pérennisé à l'unanimité : chaque année, 24 Calédoniens tirés au sort, indemnisés 15 000 francs par journée de travail, formuleront des recommandations que les élus s'engagent à examiner. Le diagnostic de cette première assemblée était sans appel : un manque de confiance des Calédoniens dans leurs institutions. La réponse, c'est la démocratie : ceux qui doutent des institutions doivent devenir ceux qui les font fonctionner.
C'est la somme qui manque au 19e gouvernement de Nouvelle-Calédonie avant la fin du mois d'août pour éviter la paralysie de la collectivité - environ 109 millions d'euros, selon son président Milakulo Tukumuli. À titre de comparaison, les émeutes de mai 2024 ont causé plus de 238 milliards de francs CFP de dégâts - près de 2 milliards d'euros.
Un territoire qui possède l'un des sous-sols les plus riches de la planète, et une collectivité qui ne peut plus payer ses factures : la Nouvelle-Calédonie concentre la contradiction du modèle qui l'a façonnée. Pendant des décennies, son nickel est parti brut, sa valeur ajoutée s'est évaporée à l'étranger, et l'argent est venu d'ailleurs - de l'État, des subventions, des promesses. Quand les banques refusent de prêter, quand le seul financeur dicte ses conditions, la souveraineté n'est plus qu'un mot. La leçon vaut pour tous les peuples : un pays qui ne maîtrise pas ses ressources, sa monnaie et ses comptes ne maîtrise pas son destin. La Nouvelle-Calédonie a organisé trois référendums d'autodétermination et vient de créer une assemblée citoyenne : les premiers ont tranché la question du statut, la seconde dessine la souveraineté réelle - celle qui commence quand un peuple décide de son argent, de ses mines et de son avenir, au lieu d'attendre la fin du mois.
- Milakulo Tukumuli, président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, 5 août 2026
📚 Sources : NC la 1ère (AFP), 20 Minutes, TV5Monde, Sud Radio, Le Monde, Le Figaro, Ouest-France, Libération, Le Dauphiné, franceinfo, La Dépêche, Le Parisien, Les Nouvelles Calédoniennes, Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Le Télégramme, Boursorama