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🔎 Focus : Xenia Fedorova - la France expulse une voix du Kremlin, la liberté d'expression en débat
Visée depuis le 29 juillet par un arrêté d'expulsion du ministère de l'Intérieur, l'ex-dirigeante de RT France, devenue l'une des voix prorusses les plus visibles des médias de Vincent Bolloré, a vu son recours rejeté lundi 3 août par le tribunal administratif de Paris. Elle est aujourd'hui à l'étranger, ses avoirs sont gelés, et Moscou dénonce une « persécution politique ». L'affaire cristallise un débat de fond : la lutte contre la désinformation peut-elle justifier qu'un État expulse une journaliste pour ses opinions ?
Constat : les faits sont documentés. Le 29 juillet, le ministère de l'Intérieur a pris un arrêté d'expulsion contre Xenia Fedorova, 45 ans, en France depuis près de dix ans, présentée comme « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » visant à « déstabiliser l'ordre public ». Ancienne présidente et directrice de l'information de RT France de 2017 à 2022, elle intervient aujourd'hui sur CNews, Europe 1 et dans le JDNews - les médias de Vincent Bolloré - et a publié en mars 2025 « Bannie : la liberté d'expression sous condition » chez Fayard. Le 31 juillet, ses avoirs ont été gelés. Lundi 3 août, le tribunal administratif de Paris a rejeté son référé-liberté, faute d'avoir démontré une « extrême urgence ». Elle a fait savoir qu'elle se trouvait déjà à l'étranger et n'en reviendra que si les mesures sont suspendues ou annulées. Jeudi 6 août, la diplomatie russe a dénoncé une « persécution politique de journalistes sur la base d'accusations fallacieuses ».
Mais l'autre lecture mérite d'être posée, sans tabou. Philippe de Villiers juge cette expulsion « illégale ». Robert Ménard, cofondateur de Reporters sans frontières, affirme que « sa liberté d'expression est menacée » et juge l'arrêté « disproportionné ». Le Journal du Dimanche, propriété de Vincent Bolloré, publie les communiqués de l'intéressée, qui dénonce « une nouvelle forme de pression politique ». Au-delà des intérêts de la « bollosphère », l'argument de fond existe : expulser une journaliste pour ce qu'elle dit - fût-ce de la propagande - crée un précédent juridique et politique. L'État est ici à la fois juge et partie : c'est lui qui définit la désinformation, la constate et la sanctionne, sans débat contradictoire public. Et le Kremlin exploite immédiatement l'affaire pour nourrir son récit de « persécution » - l'expulsion fait le jeu de la machine qu'elle prétend combattre.
La question est donc posée au lecteur : un État démocratique peut-il répondre à la désinformation par l'arme de l'expulsion sans fragiliser la liberté d'expression qui le fonde ?
Proposition : remplacer les mesures individuelles - expulsions, gels d'avoirs - fragiles juridiquement et contre-productives symboliquement par des défenses systémiques : 1) une loi de transparence des financements des médias, des contrats et des « consultings » conclus avec des puissances étrangères, sur le modèle de la loi américaine FARA ; 2) un délit de désinformation massive organisée qui vise les opérateurs et les financeurs - réseaux, agences, annonceurs - et non les personnes ; 3) l'obligation pour les plateformes de tracer les contenus sponsorisés depuis l'étranger et de rendre leurs algorithmes auditable ; 4) une éducation aux médias obligatoire, de l'école au lycée. La vigilance s'exerce dans les deux sens : vérifier avant de partager, et exiger des autorités des preuves publiques - car la démocratie ne se défend pas en copiant les méthodes de ses adversaires.
Les Surligneurs, le « legal-checking » citoyen. Créé en 2017 par des universitaires et des journalistes, présidé par Audrey Darsonville, professeure de droit pénal à Paris-Nanterre, ce média associatif indépendant vérifie la conformité au droit des déclarations des responsables publics : une affirmation est-elle vraie, fausse ou trompeuse ? Un contre-pouvoir de précision face aux intox comme aux abus de langage. Chacun peut s'y former et y contribuer : vérifier avant de partager, c'est refuser à la fois la désinformation et la panique sécuritaire - le citoyen armé de la règle de droit n'a besoin ni de censure ni d'expulsion pour faire reculer le mensonge.
le temps passé en France par Xenia Fedorova avant l'arrêté d'expulsion du 29 juillet 2026. Neuf ans plus tôt, en juin 2017, Emmanuel Macron la qualifiait déjà de « propagandiste d'État » - « les choses n'ont pas changé », a-t-il redit le 4 juin 2026.
Une démocratie qui expulse une voix qui lui déplaît croit gagner une bataille ; elle perd souvent davantage : elle fabrique un martyr, alimente le récit de « persécution » que l'adversaire attendait et offre à ses propres contradicteurs l'arme du précédent. La force d'une démocratie n'est pas de faire taire, mais de rendre le mensonge inoffensif : par la transparence, l'éducation, la contradiction. Face à la machine à désinformer, l'exil d'une chroniqueuse est une victoire à la Pyrrhus ; l'esprit critique de millions de citoyens, lui, ne s'expulse pas.
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📚 Sources : Le Monde, franceinfo, France Inter, Le Figaro, Le JDD, 20 Minutes, RTS, RFI, Le Parisien, Libération, Politico Playbook Paris