« Un Constat, Une Proposition ! » - PoliActu du PoliMedi@
🔎 Focus : Taux à 4 % - le nœud coulant se resserre sur les finances publiques
Après près de deux décennies, la France emprunte à nouveau à plus de 4 % sur 10 ans : le rendement de l'OAT a atteint 4,10 % le 18 août, au plus haut depuis novembre 2008 (4,20 %), et le taux à 30 ans frôle les 5 %. Surtout, la France se refinance désormais plus cher que l'Italie, l'Espagne et la Grèce, et son écart de taux avec l'Allemagne a encore passé 85 points de base. Derrière ces chiffres techniques se joue la soutenabilité même de la dépense publique - et la question de savoir qui détient la clé de notre monnaie.
Constat. La flambée est mondiale (pétrole, Moyen-Orient, inflation), mais elle révèle une singularité française : l'incertitude politique et budgétaire, à l'approche de l'élection et avec un budget 2027 décrit comme « difficile » par le ministre de l'Économie, Roland Lescure. Chaque point de hausse des taux coûte +3,2 Md€ après 1 an, +23,5 Md€ après 5 ans et +33,5 Md€ après 9 ans. La charge d'intérêts de la dette a déjà bondi de plus de 19 % sur un an (34,5 Md€ au 1er semestre 2026). La France recommence à subir une prime de risque, avec le paradoxe qu'elle emprunte plus cher que des pays jusque-là jugés plus fragiles.
La cause profonde, rarement nommée : l'abandon de la souveraineté monétaire. Le nœud coulant n'est pas qu'un accident conjoncturel. La France n'émet plus sa monnaie : depuis l'euro et l'interdiction par les traités du financement monétaire, elle emprunte en euro - une devise qu'elle ne crée pas, pilotée par la BCE. Elle se comporte comme un ménage endetté dans une monnaie étrangère qu'il ne contrôle pas : chaque année, elle doit se présenter devant les marchés et payer le prix qu'ils fixent. Un État qui crée sa propre monnaie, lui, n'a jamais à subir ce nœud coulant.
Proposition (cause racine). Ne pas enfermer le débat dans l'alternative « austérité contre déni ». Poser la question souveraine que la doxa évite : qui crée la monnaie, et au profit de qui ? Aujourd'hui, ce sont les banques privées qui créent l'essentiel de la monnaie par le crédit (« les crédits font les dépôts »), et les marchés qui en fixent le prix - le taux d'intérêt. La refonte structurelle est de réunir la création monétaire à la puissance publique : que l'État retrouve la capacité de créer sa monnaie et de la distribuer sans usure (sans intérêt, en financement direct des investissements et des services publics), de façon que le coût du crédit ne soit plus une rente privée mais un outil au service du bien commun. En zone euro, une telle refonte passe par la remise en cause de l'architecture monétaire commune : c'est un choix politique majeur, pas une simple technique.
Garde-fous (double lecture, indispensable). Créer de la monnaie sans intérêt n'est pas une baguette magique. Elle n'est soutenable que tant que l'économie a des capacités inutilisées : au plein emploi, toute création sans contrepartie productive nourrit l'inflation, qui frappe d'abord les plus modestes. Elle ne finance pas tout - le pétrole, l'énergie et les importations exigent des devises acceptées internationalement. Et la confiance est la condition de tout : un financement monétaire perçu comme irresponsable provoque la défiance et, in fine, l'inflation qu'il prétendait éviter. La souveraineté monétaire n'est durable que maîtrisée, productive et accompagnée d'une vraie discipline démocratique - jamais dépensée à l'aveugle.
S'éduquer et faire pression sur la transparence budgétaire : chaque citoyen peut consulter la trajectoire d'endettement de sa collectivité, interpeller députés et maires sur la sincérité du budget, et exiger des données claires sur le coût réel de la dette. Comprendre aussi qui détient notre dette : plus de la moitié des titres français sont détenus à l'étranger - chaque point de taux est un transfert de richesse hors de France. Refuser la résignation, comprendre pour agir.
4,10 %
le rendement de l'obligation française à dix ans, son plus haut niveau depuis novembre 2008 (il était alors monté à 4,20 %). La charge d'intérêts de la dette a bondi de plus de 19 % sur un an (34,5 Md€ au 1er semestre 2026). La dette publique atteint 3 536 Md€, soit 117,5 % du PIB.
La France découvre que sa « théorie » des taux n'était pas une abstraction. Les marchés ne sont pas une entité hostile : ce sont des épargnants du monde entier qui demandent à être rémunérés pour prêter. Ignorer ce signal, c'est vivre au-dessus de la réalité. La question saine n'est pas de « donner plus aux marchés », mais de savoir comment dépenser mieux et comment reprendre la main sur la monnaie pour qu'elle serve la collectivité, et non la seule rente. Refuser le déni exige des arbitrages - mais un arbitrage peut être choisi collectivement plutôt que subi.
- François Ecalle, spécialiste des finances publiques, août 2026
Une mise en garde qui donne la mesure du coût : la seule remontée d'un point de taux représente à long terme l'équivalent de la moitié du budget de l'éducation nationale. Derrière l'arithmétique, c'est bien la place de la monnaie - publique ou marchande - dans notre modèle qui est en question.
Mots clés : souveraineté monétaire · taux d'intérêt · dette · création monétaire · bien commun
📚 Sources : Banque de France (création monétaire, souveraineté monétaire, MMT n°833) · MMT-France (dette & intérêts, taux d'intérêt nul) · monnaie hélicoptère (Cepremap/PSL) · Les Echos · Le Figaro · TF1 Info · franceinfo · La Tribune · Creditnews.