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🔎 Focus : L'ONU adopte une nouvelle carte du monde, l'Afrique retrouve sa juste proportion
Ce vendredi 4 septembre 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution qui change la façon dont le monde est représenté sur les cartes. Portée par le Togo et l'Union africaine, coparrainée par la France, elle a été votée par 164 États contre un seul (les États-Unis), avec six abstentions. Le texte encourage les États, les organisations internationales et les lieux d'enseignement à abandonner la projection de Mercator - conçue au XVIème siècle pour la navigation maritime -, qui gonfle artificiellement les territoires proches des pôles, au profit d'une représentation « Equal Earth » respectueuse des proportions réelles des continents. Sur l'ancien planisphère, le Groenland paraît presque aussi vaste que l'Afrique, alors que le continent africain est en réalité environ quatorze fois plus grand. Derrière ce changement d'image, une ambition plus large : réparer une « injustice cognitive » qui, selon ses promoteurs, a minimisé pendant des siècles la taille de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Asie du Sud dans les esprits. Une question demeure : une carte peut-elle à elle seule changer notre regard, ou faut-il aller plus loin ?
Constat. Les faits documentés d'abord : le 4 septembre, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté la résolution portée par le Togo et l'Union africaine, coparrainée par la France, par 164 voix contre une (les États-Unis) et six abstentions. Le texte promeut la projection « Equal Earth », qui respecte la surface réelle des continents, et invite à abandonner celle de Mercator, établie en 1569 par le géographe flamand Gerardus Mercator pour la navigation et qui agrandit les hautes latitudes - une distorsion qui, selon la résolution, « contribue à minimiser dans les esprits la taille de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Asie du Sud ». Le chef de la diplomatie togolaise Robert Dussey évoque une « justice cognitive », la « dignité des peuples » et la « mémoire historique », quand le ministre français Jean-Noël Barrot, depuis la Sorbonne, affirme que « corriger une représentation qui déforme le monde, c'est déjà faire œuvre de vérité ». Mais ce sujet engage l'État et le pouvoir, donc il mérite deux lectures. L'autre lecture, plus critique, relève que cette avancée reste symbolique : elle ne déplace ni richesses ni sièges, et certains, à commencer par la représentante américaine Yaryna Ferencevych, y voient « un agenda idéologique » qui détournerait l'ONU des vraies crises. La France, dont l'influence s'est érodée en Afrique, y trouve aussi l'occasion de renouer un récit avec le continent. Question ouverte : corriger l'image du monde, est-ce corriger le monde ?
Proposition. Plutôt que de s'en tenir à un symbole, traiter la cause racine : le regard déformé qui a naturalisé, pendant des siècles, une hiérarchie entre les peuples. La proposition est d'ancrer la correction dans le réel et les institutions : rendre obligatoire l'usage de projections respectueuses des surfaces dans toute la cartographie officielle, les manuels scolaires et les administrations françaises et européennes ; former les enseignants et les journalistes au décryptage critique des représentations ; et prolonger la « justice cognitive » jusqu'à la justice tout court - réforme des institutions financières internationales, représentation équitable de l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU. La carte juste est un premier pas : elle prépare les esprits à un ordre mondial qui regarde le monde tel qu'il est, avec ses poids réels - et non tel que l'a dessiné une perspective maritime d'un autre siècle.
Face à ce changement de regard, des collectifs citoyens et associatifs pourraient lancer des ateliers de « cartographie critique » : dans les écoles, les bibliothèques et les médias locaux, des bénévoles apprendraient à comparer la projection de Mercator et la représentation « Equal Earth », à mesurer les surfaces réelles des continents et à décrypter ce qu'une carte choisit de montrer ou de cacher. Ces collectifs pourraient aussi interpeller leur commune pour que les cartes affichées dans les équipements publics et les salles de classe respectent les proportions réelles, et soutenir les enseignants qui voudraient intégrer cette perspective en géographie comme en histoire. Ils rappelleraient qu'apprendre à lire une carte, c'est apprendre à déconstruire un héritage - et que la lucidité sur les représentations commence à l'école, bien avant les grands traités.
C'est le facteur qui résume à lui seul la distorsion du planisphère de Mercator : l'Afrique est environ quatorze fois plus vaste que le Groenland, alors que sur la carte la plus répandue dans nos écoles et nos médias, les deux territoires paraissent de taille comparable. Ce facteur de 14, corrigé par la résolution adoptée le 4 septembre 2026 par 164 États membres de l'ONU, dit l'écart entre ce que nous voyons et ce qui est. Derrière l'anecdote cartographique se joue toute une hiérarchie implicite : ce que nos yeux ont appris à considérer comme « normal » n'était qu'une perspective, et il a fallu des siècles pour oser la remettre en question.
Une carte n'est jamais neutre : elle est le fruit d'un point de vue, souvent celui du plus fort, et elle finit par sembler si naturelle qu'on en oublie qu'elle a été dessinée par quelqu'un, quelque part, pour une certaine route. Pendant des siècles, le monde a été représenté depuis les routes maritimes de l'Europe, si bien qu'un continent quatorze fois plus grand qu'une île pouvait paraître lui ressembler - et cette image a nourri, de façon insidieuse, l'idée que certaines terres et certains peuples « pèsent » moins que d'autres. Changer la carte ne déplace pas un seul mètre de réel, mais cela déplace notre imaginaire : ce que l'on croyait naturel cesse de l'être dès qu'on lui rend sa juste mesure. Le geste voté à l'ONU est avant tout symbolique, et c'est précisément pour cela qu'il importe : les symboles sont les fondations silencieuses des hiérarchies, et les déplacer, c'est commencer à déplacer le reste. Il reste à mesurer si cette lucidité nouvelle aura le courage de se prolonger dans les institutions, là où les poids réels se comptent en sièges, en votes et en richesses.
- Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, le 4 septembre 2026
Mots clés : cartographie · projection de Mercator · justice cognitive · représentation · Afrique · souveraineté. Parole d'un artisan de la résolution qui résume mieux que tout traité la portée du vote : ce qui est en jeu n'est pas la forme des continents, mais le regard que des générations entières héritent à leur insu. En reliant cartographie, éducation et mémoire, Robert Dussey rappelle que la « justice cognitive » n'est pas un luxe d'intellectuel, mais une condition de la dignité des peuples - et que le progrès commence souvent par oser redessiner ce que l'on croyait immuable.
📚 Sources : RFI, TV5MONDE, franceinfo, RTS, Journal de Montréal, 20 minutes (4 et 5 septembre 2026).