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🔎 Focus : Ceuta - 60 000 migrants, l'Europe face au mur de la solidarité
En 24 heures, 60 000 personnes ont franchi la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta - l'équivalent de 70 % de la population du territoire - et au moins 34 migrants sont morts en tentant de traverser, dont 18 noyés, un bilan réévalué depuis à la hausse (jusqu'à 57 morts selon le gouvernement espagnol). Face à cet afflux sans précédent depuis 2021, Pedro Sánchez dénonce « une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne » et pointe des rumeurs répandues par des mafias de passeurs. L'Italie suspend l'application de Schengen avec l'Espagne pour un mois, la France multiplie par cinq ses contrôles à la frontière franco-espagnole et Emmanuel Macron demande des renforts. En pleine campagne présidentielle, droite et extrême droite dénoncent un « appel d'air », la gauche appelle à ne pas laisser l'Espagne seule. Une chose est sûre : la fermeture des frontières ne répondra pas, à elle seule, à la détresse qui pousse des milliers de personnes à risquer leur vie.
Proposition : 60 000 personnes n'ont pas quitté leur terre par choix, mais parce qu'elle ne permet plus de vivre : voilà la cause, et c'est elle qu'il faut traiter. Trois piliers pour une réponse systémique et souveraine. D'abord, la souveraineté : toute nation - l'Europe comme les États africains - a le droit de maîtriser ses frontières, mais une frontière fermée sans politique à la hauteur laisse les passeurs prospérer et les morts s'accumuler en mer. Ensuite, traiter les causes à la racine : annulation des dettes illégitimes, accords commerciaux et de pêche équitables, transfert de technologies, souveraineté alimentaire et monétaire des pays du Sud - pour que chacun puisse vivre dignement chez soi, car le premier des droits humains est le droit de rester. Enfin, coopérer d'égal à égal : des partenariats librement consentis, respectueux de la souveraineté de chaque peuple, jamais imposés du haut d'une chaire néocoloniale. La meilleure politique migratoire est celle qui rend la migration inutile : des frontières protégées, des peuples libres de choisir leur avenir.
À Ceuta, l'ONG Luna Blanca, portée par une dizaine de salariés et des bénévoles, a préparé plus de 5 000 rations de repas pour les migrants et les habitants vulnérables, proposant ses cuisines, ses camionnettes et sa logistique aux autorités. La Commission espagnole d'aide au réfugié (CEAR) réclame une réponse fondée sur les droits humains et des transferts dignes vers la péninsule, tandis que le diocèse de Cadix et Ceuta reverse l'intégralité des collectes paroissiales du week-end à l'aide aux migrants. La solidarité de terrain supplée l'impuissance des États.
Personnes entrées à Ceuta en 24 heures, soit 70 % de la population de l'enclave - « comme si 34 millions de personnes arrivaient en Espagne en une journée », selon son président Juan Vivas.
60 000 personnes à la nage, des dizaines de morts, une enclave submergée : la Méditerranée nous renvoie, encore une fois, l'image d'une Europe qui préfère verrouiller ses frontières plutôt que d'organiser l'accueil. Suspendre Schengen, renforcer les contrôles, c'est traiter le symptôme. La dignité humaine, elle, n'a pas de frontière - et chaque vie perdue en mer est un procès fait à notre capacité collective à bâtir une politique migratoire à la hauteur de nos valeurs.
- Mauricio Valiente, directeur général de la CEAR, après la mort d'au moins 34 migrants à Ceuta
📚 Sources : franceinfo, 20 Minutes, InfoMigrants, RTBF, Le Figaro, Euronews