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🔎 Focus : Afghanistan : la CPI lance des mandats d'arrêt contre deux ministres de l'éducation pour persécutions liées au genre, un crime contre l'humanité
La Cour pénale internationale (CPI), siégeant à La Haye, a rendu publics lundi 5 octobre deux mandats d'arrêt à l'encontre de Habibullah Agha, ministre de l'Éducation, et de Neda Mohammad Nadeem, ministre de l'Enseignement supérieur de l'Afghanistan, accusés de persécutions liées au genre - un crime contre l'humanité - pour avoir imposé l'interdiction faite aux femmes et aux filles de poursuivre leurs études au-delà de l'âge de 12 ans. Les crimes présumés, commis depuis la prise du pouvoir par les talibans le 15 août 2021 et poursuivis au moins jusqu'au 20 janvier 2025, ont « entraîné de graves violations des droits et libertés fondamentaux » de la population civile, en lien avec des actes d'assassinat, d'emprisonnement, de torture, de viol et de disparition forcée. Émis sous scellés le 9 septembre, ces mandats ont été publiés le même jour où le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a exhorté les talibans à abroger des pratiques qui « devraient choquer l'humanité ».
Le mandat de la CPI marque une étape historique : pour la première fois, l'interdiction faite aux filles et aux femmes d'étudier est qualifiée de crime contre l'humanité devant la justice pénale internationale. Selon l'Unicef, 2,2 millions de filles et de femmes sont privées du droit à l'éducation, un droit garanti par la Convention internationale des droits de l'enfant, et l'Afghanistan reste, selon l'Unesco, le seul pays au monde à interdire l'enseignement secondaire et supérieur aux filles de plus de 12 ans. L'autre lecture, souvent négligée, tient à la portée réelle de cette décision : la CPI ne peut juger qu'en présence des accusés, et ni la reconnaissance de l'émirat islamique ni la coopération des autorités de Kaboul ne paraissent acquises, ce qui risque de cantonner ces mandats à une déclaration symbolique sans effet concret sur la vie des Afghanes. On peut aussi s'interroger sur la sélectivité d'une justice internationale qui, à défaut de pouvoir agir sur place, renvoie dos à dos l'impuissance du droit et l'indifférence des États qui continuent de reconnaître de facto le régime. Question ouverte : la justice peut-elle être crédible lorsqu'elle n'a aucun moyen de faire exécuter ses mandats, et que devient un droit proclamé quand personne ne peut le faire appliquer ?
Plutôt que de se limiter à une justice d'affichage, il faudrait traiter la cause racine - l'idéologie qui fait de l'éducation des filles une menace - tout en donnant à la CPI des moyens d'agir. Sur le plan international, conditionner toute aide et toute reconnaissance du régime taliban à la réouverture des écoles secondaires et supérieures aux filles, et créer un fonds mondial dédié à l'éducation des Afghanes via des canaux indépendants du pouvoir de Kaboul. Sur le plan de la justice, doter la Cour de mécanismes effectifs - mandats transmissibles à tout État, sanctions ciblées contre les complices, gel des avoirs - afin que la condamnation morale ne reste pas lettre morte. Enfin, soutenir et financer les écoles clandestines et l'enseignement à distance pilotés par des Afghanes elles-mêmes, seules structures capables de maintenir l'espoir tant que le régime ne sera pas contraint de revenir sur son apartheid de genre.
Des collectifs de soutien à l'éducation des filles pourraient se multiplier dans les établissements scolaires et universitaires français : des « jumelages » entre un lycée de France et une école clandestine ou une classe à distance afghane pourraient financer enseignantes, manuels et accès aux plateformes numériques. Des associations pourraient organiser des campagnes de parrainage d'étudiantes afghanes réfugiées, dont la scolarisation reste la clé de l'intégration. Enfin, chacun peut relayer et signer les pétitions et les actions demandant que l'aide publique française et européenne soit strictement conditionnée à la réouverture des écoles pour les filles - et rappeler autour de soi que défendre le droit des Afghanes d'apprendre, c'est défendre un droit universel dont aucune femme, où qu'elle vive, ne devrait être privée.
de filles et de femmes sont privées du droit à l'éducation en Afghanistan depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, selon l'Unicef - un pays devenu, d'après l'Unesco, le seul au monde à interdire l'enseignement secondaire et supérieur aux filles de plus de 12 ans, soit une génération entière d'Afghanes écartée de l'école et de l'université.
Une interdiction d'apprendre ne prive pas seulement les filles d'un savoir, elle les exile de leur propre avenir et organise l'oubli de toute une génération de femmes. La décision de la CPI a cette force rare de nommer les choses, de faire sortir la persécution du silence pour l'élever au rang de crime contre l'humanité. Mais nommer n'est pas encore guérir, et la tentation serait grande de se reposer sur un mandat d'arrêt comme on se reposerait sur une incantation. Une démocratie qui proclame un droit sans se donner les moyens de le faire respecter finit par vider le droit de sa substance, et l'humanité qui se contente de constater l'horreur sans y répondre par des actes consent une forme de complicité. La vraie question que pose l'Afghanistan n'est pas celle des talibans seuls, mais celle de notre capacité à faire de l'éducation des filles une cause pour laquelle des moyens concrets suivent les paroles. Un droit qui ne coûte rien ne protège personne.
- Conseil des droits de l'homme de l'ONU, exhortant les talibans à abroger les pratiques restreignant les libertés fondamentales des femmes et des filles, 5 octobre 2026
Mots clés : crime contre l'humanité · persécutions liées au genre · éducation des filles · justice internationale · CPI · Afghanistan. Cette déclaration, rendue publique le jour même de la publication des mandats d'arrêt de la CPI contre Habibullah Agha et Neda Mohammad Nadeem, résume la double dimension de l'événement : une condamnation morale unanime, portée par le droit, face à un régime qui interdit à plus de 2,2 millions de filles et de femmes d'étudier. Elle intervient alors que la Cour qualifie pour la première fois cette interdiction de crime contre l'humanité, et que la question de l'exécution de ces mandats reste entière, faute de coopération des autorités de Kaboul. Un mot résume l'enjeu : justice - pour que la réprobation universelle ne reste pas une simple déclaration, mais devienne le levier d'une vraie libération.
📚 Sources : France 24, « Afghanistan : des ministres de l'éducation visés par des mandats d'arrêt de la CPI », 5 octobre 2026 ; TV5 Monde, « Afghanistan : la CPI publie deux mandats d'arrêt visant des ministres chargés de l'éducation », 5 octobre 2026 ; La Croix, « CPI : deux mandats d'arrêt lancés contre des ministres afghans chargés de l'éducation », 5 octobre 2026 ; UNICEF France, « En Afghanistan, 2,2 millions de filles privées d'école » ; Boursorama, « Afghanistan : le CDH de l'ONU dénonce l'oppression des femmes par les talibans », 5 octobre 2026 ; Le Figaro, « Espagne : Pedro Sánchez convoque des élections anticipées le 29 novembre », 5 octobre 2026 ; Ouest-France, « Grève du 6 octobre : blocus des lycées, manifestations... », 6 octobre 2026.