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🔎 Focus : 7-Octobre : en France, la mémoire des victimes et l’interdiction d’une manifestation « contre le génocide à Gaza »
Trois ans jour pour jour après l’attaque du Hamas qui a tué environ 1 200 personnes et conduit à l’enlèvement de 251 otages, la France commémore mercredi 7 octobre ses victimes. À Paris, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a installé un pavillon mémoriel place des Vosges, dans le Marais - un espace éphémère « consacré à la mémoire, à la transmission et à la réflexion », ouvert du 6 au 8 octobre, où le public peut se recueillir, comprendre et échanger, avec une exposition consacrée notamment aux « Femmes du 7-Octobre » et aux violences sexuelles. À l’ONU, Israël a rendu hommage à ses morts et survivants, tandis que le secrétaire général António Guterres appelait à ce que le cessez-le-feu « devienne permanent ». Mais cette journée de mémoire est aussi sous tension : le préfet de police de Paris, à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, a interdit une manifestation « contre le génocide à Gaza et pour le respect du cessez-le-feu » prévue le jour même dans le 18e arrondissement, au motif d’un « contexte de menace terroriste élevée » et d’actes antisémites « à un niveau historiquement haut ». Le collectif Urgence Palestine, qui dénonce une « censure politique » et une « atteinte grave à la liberté de manifester », a annoncé un recours devant le tribunal administratif.
L’interdiction d’une manifestation « contre le génocide à Gaza » le jour même des commémorations du 7-Octobre renvoie dos à dos deux exigences légitimes et pourtant difficilement conciliables. D’un côté, l’exécutif invoque des faits documentés : la menace terroriste reste jugée élevée, les actes antisémites « représentent 53 % de l’ensemble des faits antireligieux », et l’année dernière, lors d’une manifestation similaire, des slogans « Israël assassin, Macron complice » avaient provoqué un choc au sein de la communauté juive. De l’autre côté, il faut entendre la lecture des organisateurs : pour Urgence Palestine, c’est une atteinte grave à la liberté d’expression et au droit de manifester, d’autant que l’interdiction a été prise « à la demande du ministre de l’Intérieur », et que les affaires de « troubles à l’ordre public immatériel » servent aussi, selon certains observateurs, à réserver l’espace public à une seule lecture du conflit. Question ouverte : peut-on, au nom de la protection d’une communauté, interdire par principe une manifestation dont on estime simplement qu’elle « heurte » une autre, sans jamais risquer de priver le débat public de sa pluralité ?
Plutôt que de trancher entre la sécurité d’abord et la liberté d’expression d’abord, il faudrait traiter la cause racine : la crispation est d’abord le fruit d’une parole publique qui, des deux côtés, s’est durcie et d’une politique étrangère qui a donné le sentiment de choisir un camp. Sur le plan de l’ordre public, au lieu d’interdire par avance, on pourrait organiser une manifestation dans des conditions strictes mais respectueuses de la liberté - parcours négocié, horaires décalés, présence de médiateurs - comme le pratiquent plusieurs pays européens. Sur le plan social, il faut agir sur les ressorts de la radicalisation : lutter contre l’antisémitisme comme contre l’islamophobie, financer l’éducation aux médias et à l’esprit critique dans les quartiers, et garantir que chaque communauté se sente reconnue par l’État. Enfin, diplomatiquement, une position française équilibrée - qui appelle le cessez-le-feu, dénonce les crimes des deux côtés et porte la voie de la paix - est la seule qui puisse apaiser les mémoires au lieu de les dresser les unes contre les autres.
Dans ce climat tendu, chacun peut agir au quotidien pour la mémoire comme pour le respect de l’autre. On pourrait visiter, du 6 au 8 octobre, le pavillon mémoriel du Crif place des Vosges à Paris, ouvert à tous, où expositions et conférences permettent de comprendre les « Femmes du 7-Octobre » et l’histoire de l’antisémitisme : se souvenir, c’est déjà résister. Des associations interconfessionnelles pourraient organiser, dans les villes et les établissements scolaires, des moments de dialogue et de recueillement communs - à l’image de l’appel des responsables des cultes français à « la paix et à la fraternité » et à ne pas « importer en France le conflit ». Chacun peut enfin veiller à sa propre parole : faire la différence entre critiquer une politique - un droit - et stigmatiser une communauté - une faute ; refuser de partager slogans, images et propos qui flattent la haine, quel qu’en soit le camp. Rendre hommage aux victimes de l’attaque et aux civils de Gaza sans les opposer, c’est le geste citoyen le plus simple et le plus puissant que nous puissions offrir à notre pays qui se souvient.
le nombre de morts palestiniens à Gaza, selon le ministère de la santé du territoire, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU, depuis le début de la guerre menée en représailles par Israël après l’attaque du 7 octobre 2023 - une guerre à laquelle le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025 a mis fin aux combats les plus intenses sans faire taire toutes les frappes, et dont la manifestation interdite à Paris voulait dénoncer la poursuite.
Le plus grand danger, trois ans après le 7-Octobre, serait de laisser la mémoire se transformer en arme de division. Commémorer les victimes de l’attaque, c’est honorer des vies fauchées par la haine ; reconnaître la tragédie de Gaza, c’est refuser que la compassion s’arrête aux frontières d’un camp. Or interdire une manifestation le jour même des commémorations, même en invoquant la sécurité et la sensibilité d’une communauté, risque de faire entrer la douleur dans une compétition où chacun revendique le monopole de la souffrance - et où, finalement, personne n’est entendu. La liberté de manifester n’est pas un caprice, c’est le droit de dire son indignation quand la politique humaine échoue ; la protéger, c’est protéger la démocratie elle-même. Une nation qui se souvient sans jamais accepter de tendre la main à ceux qui souffrent ailleurs finit par se souvenir contre elle-même. Rendre hommage aux morts du 7-Octobre et dénoncer la mort des civils de Gaza relève de la même exigence : ne jamais céder à la tentation de choisir entre les victimes.
- António Guterres, secrétaire général de l’ONU, à l’occasion du troisième anniversaire de l’attaque du 7 octobre 2023, 6 octobre 2026
Mots clés : mémoire · cessez-le-feu · liberté de manifester · antisémitisme · 7-Octobre · Gaza. Cette phrase, lancée par le chef de l’ONU la veille des commémorations, résume l’équilibre fragile d’une journée où la France honore ses morts tandis que la guerre se poursuit à Gaza. Elle rappelle que le premier devoir, trois ans après une attaque qui a tué environ 1 200 personnes et conduit au rapt de 251 otages, n’est pas de choisir entre les victimes mais de mettre fin aux souffrances - tenir ensemble la mémoire des disparus et l’exigence de paix, sans laisser la douleur se transformer en arme contre l’autre. Un mot résume l’enjeu : réconciliation - car une commémoration qui divise ne commémore plus rien, elle entretient la blessure qu’elle prétend panser.
📚 Sources : Le Monde avec AFP, « 7-Octobre : une manifestation à l’appel du collectif Urgence Palestine interdite à Paris, le jour des commémorations des attaques du Hamas », 6 octobre 2026 ; CNEWS, « Commémorations du 7-Octobre : un pavillon mémoriel à Paris rend hommage aux femmes victimes », 6 octobre 2026 ; ONU Info, « 7-Octobre : à l’ONU, Israël commémore ses morts », 2026 ; franceinfo, « Une manifestation du collectif Urgence Palestine interdite à Paris le jour des commémorations du 7-Octobre », 6 octobre 2026 ; Le Monde, « Mouvement lycéen : entre 266 000 et 450 000 manifestants, 488 interpellations », 6 octobre 2026 ; Boursorama/Reuters, « Le déficit budgétaire s’élève à 159,6 Mds fin août », 6 octobre 2026 ; Le Monde, « Écrits antisémites : l’affaire Jordan Bardella plombe la séquence budgétaire du RN », 6 octobre 2026.