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🔎 Focus : « Budget 2027 » : croissance rabotée à 0,5 %, « nous n’avons plus de gras »
Vendredi 11 septembre, le ministre de l’Économie Roland Lescure a présenté « l’acte 1 de la séquence budgétaire » : pour la troisième fois de l’année, la prévision de croissance française est revue à la baisse, à 0,5 % pour 2026 - contre 1 % inscrit dans la loi de finances - , et le déficit public sera « supérieur à 5 % » du PIB, la cible de 5 % n’étant « plus une option ». Pour 2027, Matignon table sur un rebond à 1 %, mais prévient que les marges de manœuvre sont nulles : « nous n’avons plus de gras ». L’Insee, plus pessimiste, ramène sa prévision à 0,4 % et évoque un « décrochage » par rapport aux voisins européens, imputable notamment au climat - sécheresse, canicules - et à la fermeture du détroit d’Ormuz. Les premières pistes d’économies visent les retraites - gel, sous-indexation ou suppression de l’abattement de 10 % - , tandis que le Premier ministre promet aux grandes entreprises une baisse de leur surtaxe exceptionnelle. Projet de budget 2027 présenté le 30 septembre.
Le constat est celui d’un récit, plus que d’une fatalité : la croissance prévue a été divisée par deux, sous l’effet de chocs internationaux - fermeture du détroit d’Ormuz, aléas climatiques - et politiques, mais le premier effort demandé aux Français vise les retraites des ménages pendant que les grandes entreprises se voient annoncer une baisse de leur surtaxe exceptionnelle. Le discours du « nous n’avons plus de gras » présente la pénurie comme une loi naturelle, alors qu’elle résulte de choix fiscaux - niches, optimisation, richesse concentrée que l’on épargne - plus que d’une insuffisance de richesses produites. La proposition ? Plutôt que de tailler dans les pensions, les services publics et les salaires, refonder le financement de l’État et de la protection sociale sur la justice fiscale : taxer réellement les superprofits et les grandes fortunes, mettre fin aux niches et à l’évasion, réindustrialiser et investir dans la transition énergétique comme source de croissance. Décider souverainement et démocratiquement des priorités budgétaires - école, santé, climat - plutôt que de subir le récit de l’austérité comme une contrainte incontournable.
Face à cette séquence, des mobilisations se dessinent déjà : Fabien Roussel appelle à « se mobiliser sur les ronds-points » contre le coût de l’énergie, tandis que les syndicats dénoncent une « politique d’austérité ». En complément, des collectifs citoyens pourraient organiser des « conventions locales sur le budget » ou étendre les budgets participatifs ; des pétitions et des audits citoyens des comptes publics pourraient exiger la transparence et une véritable justice fiscale ; et chacun pourrait interpeller les candidats à la présidentielle 2027 sur leurs priorités budgétaires - retraites, services publics, répartition des richesses. Ces initiatives rappelleraient que la répartition de l’argent public n’est pas une affaire réservée aux ministères : c’est en s’emparant des choix budgétaires, en exigeant des comptes clairs et en débattant publiquement des priorités, que les citoyens reprennent la main sur le récit de la pénurie.
C’est la croissance prévue par le gouvernement pour 2026, contre 1 % espéré en début d’année : un chiffre divisé par deux après trois révisions à la baisse. Conjugué à un déficit public attendu « supérieur à 5 % » du PIB - contre 5,1 % en 2025 - , il illustre le cadre d’une séquence budgétaire présentée comme une contrainte absolue. L’Insee, encore plus pessimiste, ramène sa propre prévision à 0,4 %, évoquant un « décrochage » de l’économie française par rapport à ses voisins européens.
Il y a dans la formule « nous n’avons plus de gras » un aveu à méditer : on pilote une nation comme on gère un ménage à découvert, et l’on présente la rigueur comme une évidence, quand elle est d’abord un choix de répartition. Une croissance au point mort, un déficit qui dépasse 5 % du PIB ne se résument pas à une question de comptes : ils racontent la fin d’un modèle qui a concentré la richesse, sous-investi l’industrie, l’école et le climat, et nourri le ressentiment que l’extrême droite sait capter. L’austérité sans vision ne réduit pas seulement le déficit ; elle dessèche ce qui fait la capacité d’une nation à rebondir. La vraie question budgétaire n’est pas combien on dépense, mais qui finance quoi, et au profit de quel avenir - et c’est une question que la démocratie doit trancher, pas seulement Bercy.
- Roland Lescure, ministre de l’Économie, conférence de presse de présentation de la séquence budgétaire, 11 septembre 2026
Mots clés : budget 2027 · croissance · déficit public · retraites · justice fiscale · services publics · présidentielle 2027. Cette formule, prononcée pour annoncer une nouvelle dégradation des comptes publics, résume à elle seule le cadre imposé : la pénurie y est présentée comme un état de fait contre lequel il n’y aurait qu’à « serrer la ceinture ». Mais elle mérite d’être retournée : si l’État n’a « plus de gras », c’est aussi que les choix fiscaux successifs ont fait fondre ses marges - niches, exonérations, richesse concentrée - , et que le débat public doit porter sur la répartition de la richesse autant que sur le niveau de dépense, dans une campagne présidentielle où l’austérité servira d’argument.
📚 Sources : Le JDD, TF1 Info, TV5MONDE, La Tribune, Public Sénat, Le Figaro, La Dépêche, Ouest-France, Liberation (septembre 2026).